Le rôle de Gustave VERTUNNI
En préambule, j'insisterais sur l'orthographe du nom de VERTUNNI, trop souvent écrit avec un seul N. Par ses talents multiples, il a pu prendre à son compte la conception, les thèmes, l'époque, la forme. Ce sera des figurines de vitrine, de l'antiquité romaine et gauloise au second Empire français, en position statique et en 54mm
Il sera son propre dessinateur et son sculpteur.
Naissance d'une figurine
La confection et le succès d'un personnage reposent sur la qualité et la véracité du modèle de départ, que l'on désigne sous diverses appellations : le prototype, le sujet original, le maître modèle, le master (pour les smobs), le modèle ou le « biscuit ».
C'est cette dernière appellation que nous retiendrons.
En effet si certains artistes confectionnent leur modèle en diverses matières, cire, résine, pâte à modeler, VERTUNNI a toujours utilisé un plâtre fin, qui additionné d'eau fait prise et forme une masse à la fois solide et suffisamment tendre. La pâte obtenue s'appelle aussi du biscuit.
Des parallélépipèdes rectangles à base carrée de 25mm et d'une longueur de 70mm servaient à façonner la plupart des sujets masculins aux bras le long du corps. Si des protubérances, bras coudé ou tendu, pelisse jetée débordaient beaucoup de l'axe, le cube à sculpter augmentait en conséquence. Un François 1er mains aux hanches ou un Henri VIII d'Angleterre, imposaient une façade avant de 50mm.
Plusieurs positions statiques étaient envisagées : Pieds joints (le fameux garde à vous), jambes écartées (plus ou moins), un pied en avant.
L'embase, provisoire, conservée a près de 1 cm de hauteur, mais d'un seul tenant, était percée par son dessous afin de recevoir deux tiges en fil de cuivre à usage de renforts à l'intérieur des jambes.

Socle d'Axel de Fersen vu de dessous
Pour les dames et personnages Hommes du moyen-âge, en robe, à large embase, la fragilité se situait plus haut en raison de la gracilité du cou.
C'est avec un outil des plus rudimentaires, un « couteau » une fine lame à un tranchant, guère plus longue qu'un doigt, et terminée par une poignée en forme de boule, outil connu chez les bijoutiers sous les noms de ciseau ou ciselet que VERTUNNI attaquait la matière. Celle-ci tendre mais non friable se creusait bien par de fines touches.

Vertunni sculpte Visconti
Quand l'outil allait trop profond, l'artiste préparait une petite quantité de plâtre, en pâte, rechargeait l'endroit du trop creusé et passait à autre chose, jusqu'au lendemain car il fallait attendre que l'ajout sèche.
Quand le maître modèle, ou biscuit, était considéré terminé, G. VERTUNNI confectionnait, toujours en plâtre biscuit, le pré moule. Entre deux flasques, un peu comme des coquilles, l'empreinte du maître-modèle était reproduite, fidèlement en creux dans l'intérieur des deux flasques.
Le travail de G. VERTUNNI s'avérait terminé, les opérations suivantes, coulage des deux parties du moule, en fonte de fer, leur surfaçage, leur ciselage requérant des moulistes industriels.
Les sujets dérivés
Par-là, on constate que certains sujets sont plus ou moins ressemblants et que des interventions légères sur un modèle existant remplacent une nouvelle sculpture totale. Une figurine plomb est alors sacrifiée et charcutée jusqu'à l'obtention du profil recherché. J'ai en archives certains modèles directement, traités dans le plomb après un faible ajout de soudure ou d'autres bien chargés en pâte de biscuit pour de nouveaux contours.
Les ultimes maître-modèles
Dans mon premier article sur Gustave VERTUNNI (Gazette des armes et uniformes n210 d'avril 1991, épuisée) je concluais « Avant d'être commerçant » Gustave VERTUNNI fut un artiste talentueux. S'il s'était contenté de créer 150 ou 200 moules, en les exploitant au mieux, il aurait pu faire fructifier son affaire sans connaitre de constantes difficultés de trésorerie, il préféra créer, pour son plaisir, pour notre plaisir. »
Il créa donc un assez grand nombre de maîtres modèles qui restèrent sujets de plâtre, car le passage d'un corps en biscuit en celui d'un noble alliage plombifère coutait fort cher, passant par la fabrication de moules métallique. Aussi à son décès, toute une soldatesque, bien que silencieuse et quelques grands noms de France et de dames bien tournées attendirent qu'on les tire de l'oubli.
L'édition des posthumes
Ces deux images ci-dessous sont extraites du numéro 62 de Février 1946 du magazine mensuel de variété et d'informations. IMP. PARIS générales "AMBIANCE" E. Destossés, Néogravure.
Sur la photo supérieure : Francois 1er et Marie Stuart, reine d'Ecosse sont 2 statuettes déjà exploitées par Gustave Vertunni. Les 2 cavaliers Charles Quint et sa soeur Eléonore de Hasbourg sont des prototypes de sa main. Ce n'est qu'à la suite de notre intervention et de la création de moules posthumes que ces deux personnages veront le jour en 1995, cinquante ans plus tard!
Sur la photo inférieure : seule la Castiglione est de plomb, au centre, en forme creuse et déjà dans le commerce, alors que ses augustes voisins, Napoleon III et Voltaire sont en plâtre-biscuit et devront à notre initiative leurs éditions officielles posthumes en alliage de plomb qu'à partir de 1994.
Cette cohorte blafarde, lunaire, issue du talent de Gustave Vertunni a été sortie des limbes du monde du plâtre par leur édition posthume en statuettes métalliques peu avant l'an 2000, du fait du couple Gautho-Lapeyre. On reconnait : de gauche à droite, au second rang : Cranmer, Prince Borghese, Garde des Valois, Mirabeau, Suffolk, au premier plan : Jeanne d'Arc, Davout, Napoleon III, Bugeau
Le passage de maitre modèle en biscuit à empreinte d'un moule a été préjudiciable aux acteurs du processus.
Voltaire y a perdu une jambe, le grand romain en armure Segmentata, ses deux bras, le commissaire de la République n'a conservé son équilibre que grâce à son armature de fil, ici mise en évidence. Cette première expérience trop personnelle n'a pas été renouvelée et pour le contingent suivant des posthumes il a été fait appel de la compétence du monde de la bijouterie et de la technique de la cire perdue qui fige les profils de platre en personnage de bronze.
L'on reconnaitra au rang du fond, les corpulents : Pi VII, Cathérine Parr, Montijo, Colombine, Montmorency. Et sur le devant, plus déliés : Concini, Napoleon III, Polignac, Charles le Téméraire.
L'avènement des élastomères, ces composants, spécifiques modernes du moulage à froid m'ont permis, avec l'aide de professionnels de leur donner vie.
Dans l'ordre chronologique, voici les derniers témoins de l'histoire militaire de la seconde guerre mondiale. Le G.I, le Popof et l'officier allié, très dans la main de leur géniteur, Gustave Vertunni mais dont l'édition post mortem, par nos soins due attendre l'an 2000.
Je n'ai pas totalement terminé cette tâche d'édition des ultimes modèles crées par Gustave VERTUNNI. Il en reste peu mais ce sont quatre sujets d'importance exceptionnelle. Jugez-en :
- Un pape, Pie VII sur son trône
- Laetitia Bonaparte (sans certitude)
- Charlemagne à cheval
- Un équidé du moyen-âge avec un caparaçon très ouvragé
Ce sont nos successeurs qui mèneront à bien cette mise à jour d'un dernier pan de l'oeuvre d'un grand artiste.
Ce qui est authentique, c'est le façonnage des modèles, des biscuits avec la patte du maître créateur. Si certains collectionneurs, les boudent, ce sera tant pis pour eux, leur collection ne comportera jamais le couple équestre impérial à cheval d'Eleonore d'Autriche et son frère, Charles Quint :
Soyons attentifs à la contrefaçon
Une dernière précision, ces sujets crées du vivant de VERTUNNI et de sa main et édités par notre couple, aussi détenteurs des moules métalliques d'origine, dépositaires de la marque auprès de l'INPI, artisans déclarés et exploitants, n'ont rien à voir avec les « créations » de réelles contrefaçons et qui font l'objet d'une étude détaillée dans notre site depuis plusieurs années.